La fondation du quilombo de Palmares: la résistance des Afro-brésiliens

Home/La fondation du quilombo de Palmares: la résistance des Afro-brésiliens
La fondation du quilombo de Palmares: la résistance des Afro-brésiliens 2017-05-18T20:34:41+00:00

Le quilombo de Palmares a été fondé autour de 1630.

Toutefois, les historiens révèlent que des expéditions militaires furent envoyées dès les premières années du XVIIe siècle vers la région de Palmares (entre le cours inférieur nord du rio São Francisco, en Alagoas, jusqu’au voisinage du Cabo de Santo Agostinho, au Pernambouc) avec pour seule finalité de soumettre les Noirs fugitifs.

palmares1Le gouverneur du Pernambouc, Diogo Botelho, avait lui même mandaté une expédition commandée par Bartolomeu Bezerra, entre 1602 et 1608, afin d’exterminer un groupe d’esclaves rebelles.

Pour autant, on retient la date de 1630 pour plusieurs raisons : c’est en effet a cette époque que le quilombo de Palmares commence à croître en importance, à tel point que la couronne portugaise le considère comme une menace. En outre, c’est aussi le commencement de l’offensive hollandaise au Brésil, ce qui désorganise momentanément l’industrie sucrière et relâche quelque peu l’attention des seigneurs des moulins.

palmares2Le site du quilombo de Palmares est une région accidentée et plutôt reculée pour l’époque. C’est un bastion assez facile à défendre comme en témoigne les nombreuses expéditions qui se sont cassées les dents en essayant de le détruire.

On peut citer les désastreuses expéditions des capitaines Baro et Blaer (au temps de la domination hollandaise) qui attaquèrent respectivement entre 1644 et 1645.

A cette date, les historiens estiment la population du quilombo de Palmares à environ 6000 personnes, nombre appelé à se multiplier rapidement.

Les caractéristiques du quilombo

Le quilombo de Palmares doit beaucoup de son développement à une nature généreuse à ses abords avec profusion d’arbres fruitiers, d’animaux de chasse et de fleuves poissonneux qui assuraient en même temps une bonne alimentation en eau potable.

palmares3Le bois en abondance et les palmiers s’avérèrent également fort utiles pour fabriquer des maisons sommaires de même que la terre argileuse se prêtait très bien à la fabrication d’ustensiles en céramique. Par ailleurs, on relève des traces de métallurgie et d’artisanat rudimentaires.

Une fois les parcelles de forêt abattues et la terre mise en valeur, le sol s’avéra plutôt fertile et propice à une agriculture de subsistance que les Noirs maîtrisaient parfaitement. Parmi les productions agricoles, on note évidemment une prédominasse pour le maïs, les haricots et la pomme de terre. La banane et la canne a sucre étaient également cultivées.

L’importance des cultures est implicitement révélée par un document du roi Dom Pedro II (1683-1706) qui recommandait d’attaquer le quilombo au moment des récoltes, pour pourvoir au propre ravitaillement des troupes.

palmares4Les historiens brésiliens estiment la population du quilombo de Palmares à son apogée entre vingt et trente milles âmes.

La population était assez disparate. Outre des Noirs, où prédominait les Africains issus du golfe de Guinée, il y avait également des populations métisses et indiennes et même quelques aventuriers européens. Le macumbo d’Engana-Colomim était peuplé exclusivement par des Indiens vivant et luttant aux côtés des Africains dans une fraternité de circonstance.

Malheureusement, les Portugais ne se sont que très peu souciés de l’organisation sociale et politique du quilombo. Très peu de notes ont été prises concernant les coutumes et les normes éthiques.

palmares5Néanmoins, les institutions politiques sont identifiées comme relevant des monarchies tribales africaines. Ainsi, chaque macumbo élisait un chef sur des critères tels que la force, le courage, l’intelligence et le charisme militaire. Les chefs des macumbos se réunissaient afin d’élire un roi. Le premier roi élu fut Ganga-Zumba. Son neveu, Zumbi, lui succéda après sa mort, non pas pour des critères d’hérédité mais pour sa propre aptitude à commander, dont il avait fait preuve à de nombreuses reprises.

Quelques siècles plus tard, Tocqueville écrira à propos de ces alliés de fortune quelques lignes saisissantes :

« Ces deux races infortunées n’ont de commun ni la naissance, ni la figure, ni le langage, ni les meurs; leurs malheurs seuls se ressemblent. Toutes deux occupent une position également inférieure dans le pays qu’elles habitent; toutes deux éprouvent les effets de la tyrannie; et si leurs misères sont différentes, elles peuvent en accuser les mêmes auteurs. »

 

palmares6La dominance effective des Noirs issus du golfe de Guinée n’a pu être clairement établie dans les institutions et pratiques rituelles du quilombo. Néanmoins, on note que la diversité des populations forme un terreau propice au syncrétisme.

Le mélange de croyances africaines, mahométanes, quelques emprunts aux cultures indigènes et les éléments d’un catholicisme populaire ne sont d’ailleurs pas autre chose que les fondements mêmes du candomblé.

Pour autant, il semble vain de vouloir fantasmer sur une éventuelle unité dans les pratiques rituelles. On sait en effet, dans le cas de l’institution du mariage, que les règles n’étaient pas fixes : on trouve aussi bien des cas de monogamie que de polygamie (entre autre, le roi Ganga-Zumba et ses trois épouses). Les historiens ne relèvent aucune information sur l’existence éventuelle de rites d’initiations.

Il est également important de noter la rareté des expéditions contre les seigneuries du voisinage dès lors que le quilombo de Palmares eût atteint sa taille optimale : des décennies de lutte sans succès avaient convaincu les seigneurs des moulins à trouver des accords avec le quilombo.

palmares7Les collaborations des colons avec les rebelles étaient fréquentes. Elles prenaient généralement la forme du troc : excédents alimentaires contre armes et ustensiles. Parfois, certains seigneurs des moulins payaient directement un tribut au quilombo pour se prémunir d’une attaque.

Ces pratiques n’étaient évidemment pas tolérées par la couronne portugaise. Mais dans le Brésil des premiers siècles, l’isolement était la règle. Lisbonne ou Salvador étaient bien lointaines…

Ces différentes collaborations sont des signes évidents de l’influence du quilombo dans un Brésil colonial, constamment menacé et qui n’avait pas encore su dompter l’immensité de son territoire.

Pour la couronne portugaise, le quilombo de Palmares était une menace critique de subversion d’un l’ordre social déjà bien précaire. De plus, laissez s’épanouir un camp de Noirs fugitifs en une République africaine, au nez et à la barbe des Portugais, c’était la promesse bien réelle pour la couronne d’être, pour ainsi dire, la risée du monde esclavagiste.

Le quilombo de Palmares devait disparaître.

La Guérilla du quilombo de Palmares

Après l’éviction des Bataves (1654), il y eut très peu d’incursions coloniales dans le secteur de Palmares. Seules quelques bandes de mercenaires sévissaient de temps à autre, payés par les seigneurs des moulins en guise de représailles.

La première entreprise d’envergure eut lieu en 1667, avec les troupes de Zenobio Accioly de Vasconcelos. Il réussit à détruire un macumbo et faire quelques reconnaissances dans la région. Cette opération, qui fut organisée par le gouverneur du Pernambouc en personne et fut stoppée pour des raisons financières (début d’une crise sucrière).

palmares8En 1670, face au développement rapide du quilombo de Palmares et les fugues d’esclaves de plus en plus nombreuses, le Gouverneur Fernão Coutinho interdit le port d’arme à toute personne vivant dans les parages de Palmares. Les autorités réagirent également en prenant des mesures plus pressantes. Des expéditions réunissant plus de mille hommes se firent plus fréquentes.

Entre 1671 et 1678, on dénombre pas moins de 25 expéditions militaires qui avaient pour mission de détruire toutes les infrastructures de Palmares, de tuer, de capturer et de saccager les champs mais surtout de défricher la zone en vue d’une offensive plus massive.

Ces expéditions eurent des succès mitigés. Aucune ne fut décisive et pire encore : le quilombo de Palmares continuait à se développer, les hommes de Ganga-Zumba gagnaient chaque fois un peu plus en expérience et les retraites désorganisées de certaines expéditions laissaient chaque fois un peu plus d’armes à feu.

palmares9Le succès des défenseurs du quilombo de Palmares tenait largement aux techniques de guérilla employées :

Embuscade, fuite dans tous les sens… La règle était de ne pas se laisser enliser dans une guerre de position où la supériorité technique des Portugais scellerait leurs sorts.

Aussi, tout le succès reposait sur la mobilité et la dissimulation des résistants. Il arrivait ainsi que les macumbos soient laissés à l’abandon pour être reconstruits un peu plus loin… Les macumbos détruits par les Portugais étaient parfois même reconstruits par les rebelles, abrités dans la forêt, dès que les troupes adverses se retiraient.

La trêve

La lutte contre le quilombo de Palmares, nécessité objective du pouvoir colonial, représentait un effort économique certain pour les seigneurs du moulin, chargés de la financer. L’ambiguïté de cette situation s’aggrava avec la crise du sucre sur le marché international, cumulée à l’augmentation des impôts afin d’honorer la dette contracté avec l’Angleterre (conséquence des accords de paix avec la Hollande).

palmares10Menacés d’asphyxie économique, ni la couronne, ni les seigneurs n’avaient les moyens de financer l’effort de guerre. En plus de ces difficultés, dans les années 1686-1687 une curieuse épidémie connue sous le nom de « mal-de-bicho » sévit en Pernambouc, affaiblissant d’autant plus les coloniaux qui devaient dans le même temps faire face à une révolte d’Indiens au Nord du Pernambouc, dans la région de l’Assu.

Cumulant toutes ces difficultés, les autorités portugaises envisagèrent très sérieusement une trêve avec le quilombo de Palmares. Pour autant, pour que les termes de celle-ci ne soient ni humiliants, ni contraignants il fallait une victoire portugaise.

Le gouverneur-général du Brésil fit appel à Fernão Carrilho, qui s’était illustré en réduisant à néant deux quilombos dans le Sergipe quelques années plus tôt. En 1677, Carrilho et ses troupes étaient aux portes du macumbo d’Aqualtune (la mère du roi Ganga-Zumba). Surpris, les habitants durent s’enfuirent. Dans la débandade, Carrilho réussit à se saisir de nombreux prisonniers dont deux fils du roi. C’était la monnaie d’échange qui allait diviser Palmares : les deux fils et autres prisonniers contre la cessation des hostilités.

palmares11Le roi Ganga-Zumba, partie prenante, était pour accepter les conditions de la trêve. Son neveu, Zumbi, considérant le caractère inconciliable d’une paix avec les Portugais, était résolument contre.

Au final, une ambassade fut envoyée à Recife pour discuter des termes de la trêve. Le 18 juin 1678, l’ambassade du quilombo de Palmares arriva à Récife, se présentant devant le Gouverneur Aires de Souza e Castro.

Au terme de la discussion, le gouverneur consentit à concéder la liberté et les terres dont les palmarinos avaient besoin pour vivre s’ils consentaient eux-mêmes à remettre leurs équipements militaires au gouverneur.

Si les termes de l’accord furent mal accueillis par bon nombre de colons, ils furent totalement rejetés par Zumbi (devenu chef du macumbo de Cucaù), qui continuait à livrer bataille contre les seigneurs des moulins pour libérer les esclaves pendant que les Portugais continuaient leurs repérages dans la forêt.

Peu de temps après, le roi Ganga-Zumba mourut empoisonné et ce fut Zumbi qui hérita de la charge de diriger le quilombo. La guérilla du quilombo de Palmares s’était trouvé un nouveau chef.

 


Pour aller plus loin :


2 Comments

  1. Nelly Senamè Denakpo 24 juillet 2014 at 9 h 40 min - Reply

    Les Cultures et Traditions sous le direction artistique de Nelly Sénamè DENAKPO
    Les traditions sont des liens qui tissent l’éternité autour des hommes. Ces éléments qui se transmettent depuis la nuit des temps donnent aux hommes des clés de lecture pour tenter de comprendre l’Ordre des choses… Elles inscrivent l’Homme dans un continuum dont il est un acteur, un vecteur, lié au passé et au future, tel un fragment d’éternité.
    Le festival Yéwé se fait le messager de ces Cultures et Traditions commémoré le 10 janvier en République du Bénin et pendant 3 jours et 3 nuits, ce Patrimoine Culturel Immatériel est présent sur les scènes et dans les rues de Bohicon, Abomey et Ouidah, dans les villes et villages partenaires… et résonne bien plus longtemps encore dans les cœurs du public.
    Cette édition sera à nouveau celle des surprises et des défis spectacle public :
    Programme : A faire, à voir, à écouter, à danser… de 10h à 3hdu matin…
    TOURISME CULTUEL VISITE DE SITES SACRES :
    8 janvier: Tarif réservé visite touristique guidé
    NUIT DES ESPRIT : Une soirée spéciale, dans l’intimité des rituels et cosmologies
    09 janvier : Tarif réservé
    SPECTACLE YEWE : 10 janvier : A la découverte à la place du festival des rites vodou yéwé, sortir des adeptes des cultes vodou sortir des masques. Gratuit
    REPAS TYPIQUES : 8 repas dégustation du territoire à l’écoute des musiques
    8, 9 et 10 janvier : Tarif réservé
    EXPOSITION : Une exposition vente en tapisserie, tenture, teinture sur les cultures et traditions d’Afrique de l’Ouest- Commissaire général : Nelly Sénamè DENAKPO du 8 janvier au 20 Décembre 2015 tout au long de l’année. Entrée libre

  2. Nelly Senamè Denakpo 24 juillet 2014 at 9 h 42 min - Reply

    Nous voudrion vous inviter à la fête de Vodou au Bénin le 10 Janvier 2015. Les traditions sont des liens qui tissent l’éternité autour des hommes. Ces éléments qui se transmettent depuis la nuit des temps donnent aux hommes des clés de lecture pour tenter de comprendre l’Ordre des choses… Elles inscrivent l’Homme dans un continuum dont il est un acteur, un vecteur, lié au passé et au future, tel un fragment d’éternité.

Leave A Comment