L’esclavage au Brésil

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L’esclavage au Brésil 2017-05-18T20:34:41+00:00

L’esclavage au Brésil couvre l’essentiel de l’histoire de ce pays. C’est une tragédie qui s’échelonna sur près de quatre siècles.

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L’esclavage au Brésil : l’enfer des Noirs

 

esclavage-br1Une ordonnance royale relative à l’esclavage au Brésil statuait sur la condition de l’Africain. Il pouvait ainsi être vendu, échangé, battu, mutilé ou exécuté. Il était une marchandise aliénée à la toute puissante volonté du Maître.

Dans les fazendas, la division du travail s’effectuait par sexe et par âge, ce qui augure déjà de la grande différenciation dans les statuts des esclaves.

 

esclavage-br2Sans surprises, l’essentiel des femmes étaient aliénées aux tâches domestiques. Gilberto Freyre a longuement insisté sur leurs conditions d’existence et leur rôle social dans la formation de la famille brésilienne : c’est la moelle épinière de son livre, Maîtres et Esclaves, ouvrage incontournable pour qui souhaite comprendre la place de l’esclavage au Brésil dans l’identité nationale :

esclavage-br3« La maison de maître faisait monter des habitations d’esclaves, pour les services les plus intimes et les plus délicats des seigneurs, un certain nombre d’individus – nourrices, femmes de chambre, gamins pour jouer avec les petits blancs. Individus dont la place dans la famille était moins d’esclaves que de membres. Des espèces de parents pauvres des familles européennes. Un tas de petits mulâtres s’asseyaient à la table patriarcale comme s’ils étaient de la maison. Fils adoptifs. Camarades de jeux. Gamins de prix. Certains allaient en voiture avec les maîtres, les accompagnant dans leurs promenades comme des fils.

esclavage-br4Quant aux nourrices, toutes les traditions sont d’accord pour nous dire la place d’honneur qu’elles occupaient au sein de la famille patriarcale. Ayant reçu leur liberté, elles s’arrondissaient presque toujours en négresses énormes. Négresses qui régnaient en tyrans. Les enfants demandaient leur bénédiction, les esclaves les traitaient de « Madame », les cochers les prenaient dans leurs voitures. Et à les voir, un jour de fête, superbes et engageantes, au milieu des blancs, qui auraient pu supposer que c’étaient d’anciennes esclaves de la senzala et non des dames bien nées ? »

 

esclavage-br5Les hommes, pour l’essentiel, allaient travailler dans les exploitations de cannes à sucre ou au moulin. C’est dans ces champs que ce sont jouées les heures les plus troubles de l’esclavage au Brésil. Les conditions de travail étaient en effet extrêmement difficiles. Katia de Queirós Mattoso estime entre 15 et 17 heures la durée quotidienne du travail.

Leurs conditions de vie, déjà extrêmement difficiles, devenaient insupportables quand on y ajoute le déficit matériel dont ils souffraient : manque de vêtements, d’hygiène, de médicaments…

esclavage-br6« Isolés, exténués par un dur labeur, privés d’à peu près tout ce dont un homme a besoin pour vivre, exposés aux épidémies, on estime que la survie des esclaves n’excédait pas dix années, le tout étant conditionné par la conduite des seigneurs des moulins qui « avaient le choix » entre deux stratégies (…) :

esclavage-br7Ou bien ils essayaient de prolonger la vie de leurs esclaves en apportant quelques soins à la nourriture et à l’hygiène, en accordant des temps de repos suffisants.

Ou bien, cyniquement, assurés que les négriers garantissaient une offre constante de population servile, ils pouvaient juger plus lucratif d’exploiter jusqu’à l’extrême sa force de travail puisque, si elle ne résistait pas, on pourrait renouveler l’effectif. »

Bartolomé Bennassar, Histoire du Brésil 1500-2000, Fayard.

L’esclavage au Brésil : Résistances, suicides ou conduites de survie

 

Les esclaves Africains, affligés par tant de malheurs, avaient le choix entre deux conduites.

esclavage-br8D’abord une conduite de survie qui passait par l’apprentissage de la langue portugaise, pour mettre fin à l’isolement relatif dont ils souffraient, et ainsi redevenir membre d’une communauté dans un processus que Queirós Mattoso appelle la « repersonnalisation ».

C’est une démarche qui fut encouragée par les maîtres qui étaient conscients qu’un esclave cherchant à s’adapter était plus rentable qu’un esclave seul et désespéré.

esclavage-br9A ce titre, le catholicisme (vecteur important de l’apprentissage du portugais), au travers d’une interprétation très subjective des principes d’humilité, d’obéissance, de résignation et de fidélité qu’il prône, devint une insitution incontournable dans le système de domination de l’esclavage au Brésil.

C’est flagrant au travers du rôle des confréries (qui se développèrent en s’ouvrant aux Noirs et aux Mulâtres dès le milieu du XVIIe siècle) que Katia de Queirós Mattoso décrit dans l’histoire de l’esclavage au Brésil comme « un élément de cohésion sociale, de type corporatif, régulateur des comportements et des rapports sociaux entre groupes séparés par la couleur, le pouvoir économique et la vie culturelle ».

 

esclavage-br10La seconde conduite repose sur une logique de révolte et de résistance pouvant aller jusqu’au meurtre, à la fuite ou au suicide.

Dans les conditions qui furent celles des esclaves, il ne fait pas de doute qu’à maintes et maintes reprises leurs vies mêmes revêtirent un caractère superflu et le suicide leur apparut bien vite comme un moyen radical de libération.

C’est ce qui inspire à Gilberto Freyre les mots suivant :

« Il y eut ainsi des nègres qui se tuèrent en mangeant de la terre, en se pendant, en s’empoisonnant avec les herbes et les potions des sorciers. La nostalgie du pays perdu en fit disparaître beaucoup. Certains, à force de nostalgie, finissaient par devenir fous, idiots. Ils ne mouraient pas, mais ils agonisaient lentement. Sans trouver aucun goût à la vie, se livrant à tous les excès, abusant de l’eau-de-vie, de l’opium, se masturbant ».

 


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