Histoire de la religion du Brésil

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Histoire de la religion du Brésil 2017-05-18T20:34:40+00:00

La religion du Brésil a été marqué durant toute la période coloniale et même au-delà par une surprenante carence d’hommes de Dieu et des structures ecclésiastiques propres à la bureaucratie de l’Église catholique. Ce peu d’encadrement sacerdotal est un facteur à prendre en compte pour expliquer le retrait du catholicisme au Brésil qui, en l’espace de trois décennies, a perdu un quart de la population brésilienne.

Toutefois, le Brésil, fort d’environ 125 millions de catholiques (65% de la population en 2010), fait figure du pays catholique le plus peuplé de la planète.

Histoire de la religion du Brésil :Un catholicisme patronné par le roi

religion-du1L’histoire de la géographie ecclésiastique brésilienne a de quoi dérouter. Aussi, la principale caractéristique historique de la religion du Brésil est son patronage direct par la couronne portugaise (padroado) établi par la bulle papale Universalis Ecclesia en 1508 et qui resta en vigueur… jusqu’à la proclamation de la République en 1889 !

religion-du2Pour rappel, la proclamation de l’abolition de l’esclavage au Brésil date de 1888 (loi d’Or) : le Brésil est ainsi passé d’une société esclavagiste à un régime républicain. Cette mutation, bien loin d’être suffisante pour une égalisation des conditions entre les Afro-brésiliens et le reste de la population, a malgré tout eu un impact significatif sur la physionomie de la religion du Brésil.

religion-du3A cette occasion en effet, l’Église brésilienne s’est affranchie de la tutelle royale ou impériale du Portugal dont les impératifs financiers se sont toujours révélés plus soucieux d’affecter les revenus de la dîme à des dépenses civiles qu’à la création de diocèses pour promouvoir l’extension de la religion du Brésil. De sorte que jusqu’à la proclamation de la République, les prélats étaient avant tout les relais du pouvoir royal.

religion-du4Derrière les étonnantes carences de l’Église coloniale, tellement moins bien dotée en hommes et en structures bureaucratiques que le reste de l’Amérique castillane, il y avait aussi la crainte réelle des colons portugais à ce que l’extension de la religion du Brésil devienne un prétexte à l’implantation de missionnaires soupçonnés de mansuétude à l’égard des esclaves africains, comme ils l’avaient montrée envers les peuples indigènes.

Une crainte malheureusement sans fondements : les ordres religieux ayant oeuvrés au Brésil ont en effet tous eu recours à la main d’œuvre servile des Africains déportés…

Histoire de la religion du Brésil : Un catholicisme populaire sans armature d’Église

religion-du5Jusqu’à la proclamation de la République, le retard et l’absence d’hommes et de structures ecclésiastiques sont de rigueur et vont prendre des dimensions assez effarantes :

« En 1822, à la proclamation de l’Indépendance, le Brésil n’avait qu’un seul archevêché, depuis 1676, celui de Salvadro (…), six diocèses (Olinda, Maranhão, Belém, Mariana, Rio de Janeiro, São Paulo) et deux prélatures (Goias et Guiaba). »

C’est à peine mieux à la fin du XIXe siècle, comme le note Richard Marin :

« Avec un seul archevêché et onze diocèses au moment de la proclamation de la République, desservis par quelques centaines de prêtres séculiers (pour la plupart dans les paroisses du littoral), le Brésil fait encore figure de terre de mission quand le reste de l’Amérique latine a depuis longtemps atteint le stade d’Église. »

religion-du6Au-delà de la faible implantation territoriale de l’Église brésilienne, Bennassar signale également l’incroyable vacance des sièges épiscopaux sur la même période :

« Peut être faut-il invoquer le peu d’enthousiasme que suscitait dans le clergé portugais la perspective d’une fonction épiscopale au Brésil! Parmi les évêques nommés, quatre se récusèrent, dix-huit n’effectuèrent jamais le voyage, vingt-trois renoncèrent très rapidement à leur mission.

« De sorte que les sièges demeurèrent vacants pendant de très longue périodes : de 1649 à 1682, le siège épiscopal de Bahia fut inoccupé sauf pendant une brève parenthèse, de 1669 à 1672 ; et devenu archevêché, ce siège fut privé de titulaire pendant quarante-quatre ans entre 1682 et 1822 ; l’évêché de Rio resta vacant pendant quinze ans et demi ; celui de Para pendant vingt-huit ans ; celui de Maranhão détient un record peu honorable avec quatre-vingt-huit ans de vacance entre 1677, date de sa création, et 1822 ! Les sièges des diocèses de São Paulo et Mariana, fondés en 1745, restèrent inoccupés pendant vingt-deux et vingt-sept ans et demi respectivement ! »

religion-du7Au premier âge de la religion du Brésil, la qualité de l’encadrement sacerdotal, outre le peu de visites paroissiales (pratiquées systématiquement seulement à partir de 1720, et encore!) posait aussi de nombreuses questions jusqu’au Vatican :

Un document vatican [XVIIIe siècle] déclare sans ambages : « Le clergé unit l’ignorance la plus crasse à un déplorable relâchement des mœurs, vice qui influence la démoralisation du peuple. Les prêtres vivent publiquement avec leurs concubines et leurs enfants. »

A la fin du très long règne de Pedro II, au moment de la proclamation de la République et de la séparation de l’Église et de l’État, l’Église brésilienne est dans un état de déliquescence inquiétant, pratiquement exsangue d’ordres religieux.

 


Source : Bartolomé Bennassar & Richard Marin, Histoire du Brésil 1500-2000, Fayard, 2000.


Voir aussi à propos de la religion du Brésil :


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