Le racisme au Brésil

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Le racisme au Brésil 2017-05-18T20:34:40+00:00

Le racisme au Brésil est un fait social qui a une dramatique traduction dans les statistiques ethniques du pays. Au-delà des écarts socio-économiques abyssaux relevés entre les Afro-brésiliens et les Blancs, le « racisme cordial » s’exprime également au travers d’une idéologie du blanchiment.

 

racisme1En l’an 2000, une étude de l’Observatoire Afro-brésilien, d’après les résultats du recensement de la même année réalisée par l’IBGE, indiquait que pour 4$ de richesse produite au Brésil, presque 3$ se retrouvait dans la poche des Blancs (qui représente 53,8 % de la population). Les Noirs et les Métis (45,3 % de la population) se partagent le dollar restant.

En d’autres termes, les Blancs captent 2,86 fois plus de richesses (salaires, retraites, aides sociales etc.) que les Noirs et Métis.

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racisme2L’homme blanc accapare à lui seul la moitié de la richesse brésilienne. Les femmes noires, grandes victimes de toutes les discriminations, captent 3 fois moins de richesses que leurs alter-ego blanches. Les femmes blanches, quant à elles, captent deux fois moins de richesses que leurs frères mais sont toujours mieux dotées que les hommes noirs ou métis.

On peut donc prétendre que le racisme au Brésil a un impact économique plus fort que la discrimination sexuelle, dans un pays qui parfois semble avoir érigé le machisme en vertu.

La même étude montre que :

  • Les 10 % les plus pauvres captent à peine 1,2 % de la richesse nationale. Parmi eux, 73 % sont noirs et métis.
  • Les 10 % les plus riches captent 49,2 % de la richesse nationale. Parmi eux, 82,2 % sont blancs et 17,5 % sont noirs ou métis
  • Les 20 % les plus riches captent 64,6 % de la richesse nationale. 49,4 % de ce total est accaparée par les Blancs.

racisme3En 2007, le salaire moyen d’un Noir était encore pour moitié inférieur à celui d’un Blanc. Les Afro-brésiliens sont, sans surprises, sur-représentés dans les emplois sous-qualifiés (domestiques, travaux agricoles, construction civile).

Plus grave, les Afro-brésiliens qui, bien souvent, travaillent dans le secteur informel, se retrouvent de facto privés de pensions de retraite et de couvertures sociales. Dans ses conditions, comment ne pas s’étonner que leur espérance de vie soit de 6 ans inférieure à celle des Blancs ?

 

Le racisme au Brésil demeure un sujet tabou. Dans la pratique, pour réussir son inclusion au Brésil, il faut se « blanchir ». Comme le notait il y a des années le sociologue Roger Bastide, « au Brésil, une goutte de sang blanc suffit à classer l’individu dans le groupe des Blancs ».

racisme4Ainsi, une étude de 1976 portant sur des ménages brésiliens, invités à décrire eux-mêmes la couleur de leur peau établissait un panel étonnant de 136 couleurs.

Comme l’indique Lamia Oualalou, parmi ces différentes teintes, « on trouve ainsi pêle-mêle la cannelle, le cuivre, le blanc pâle, le blanc sale, le châtaigne, l’étonnant bleu pour qualifier le noir profond, mais aussi les qualificatifs « couleur de rose », « couleur de blé », « couleur brûlée de plage » ou « polonaise » et « galicienne » ».

racisme5Outre les aspects économiques et sociaux, le racisme au Brésil s’associe également à une idéologie du blanchiment corrélée par des préjugés esthétiques.

Ce sont là tous les produits de beauté pour se lisser les cheveux. Ce sont toutes ces belles mulâtresses sur les plages qui se badigeonnent de substances chimiques pour blanchir leurs corps de rêve, à la beauté célébrée dans le monde entier, et qui participent ainsi aux salaires de misère de leurs cousins vendeurs ambulants qui crapahutent sur ces plages paradisiaques pour leur vendre des produits toxiques à base d’ammoniaque.racisme6

Le racisme au Brésil, c’est aussi un blanchiment culturel, parfois audible au mépris affiché par des Noirs face au candomblé et autres manifestations de la culture afro-brésilienne ; tant et si bien qu’on oublie parfois que le préjugé racial peut s’avérer plus virulent entre Mulâtres et Noirs qu’entre Blancs et Noirs.

Tout est ici affaire de distinctions et de concurrence et on y trouve de tout :

  • des Mulâtres qui veulent se distinguer des Noirs pour mieux intégrer l’univers socio-économique des Blancs
  • des Blancs qui se rapprochent des Noirs parce qu’ils retrouvent dans les arts afro-brésiliens un folklore fondateur de la nation brésilienne
  • des Blancs qui réprouvent l’ascension des Métis parce qu’ils viennent les concurrencer dans leur niche économique.

 

racisme7Aujourd’hui, le racisme au Brésil ne laisse ni la société civile ni le gouvernement fédéral indifférent.

D’un côté la société civile se mobilise tant bien que mal pour fonder des associations qui promeuvent la culture afro-brésilienne.

De l’autre, les gouvernement brésiliens s’essaient à la discrimination positive avec une politique de quotas (dans lesracisme8 universités, au cinéma, à la télévision, etc.), des programmes de bourses spécifiques (par exemple PROUNI pour les étudiants issus de minorités défavorisés), d’autres aides sous conditions de ressources pour les plus défavorisés (et donc les Afro-brésiliens), et même, depuis le premier mandat de Lula, une obligation pour les établissements scolaires, d’enseigner l’Histoire de l’Afrique et de la culture afro-brésilienne.

racisme9La marche pour l’égalité est encore bien longue et il faudra encore bien des années pour évaluer la pertinence de ces dispositifs, calqués sur le modèle américain et qui ont en partie contribué à l’élection d’un certain Barack Obama.

 


Pour aller plus loin :


3 Comments

  1. francisca franck thalia 30 mars 2014 at 22 h 07 min - Reply

    Pour ma part,je trouve incongrue,la notion de quotas pour se donner bonne conscience.rien de tel que de faire partie d’un quotat pour créer des discriminations.Sans parler de cette « sélective » journée de la conscience nègre qui,je pense tend à augmenter cette sensation de différence et d’infériorité .Comme là si bien chantait un très célèbre chanteur toulousain,on a tous la même couleur de sang et d’os.Mais hélas peu sont aptes à comprendre de peur de perdre la place qu’il on réussit à se faire dans ce pays de luttes permanentes.

  2. maya 16 mai 2014 at 18 h 01 min - Reply

    Jamais je ne mettrai les pieds dans ce pays !
    Heureusement, en 2014 le pays le plus raciste du monde sera sous les feux des projecteurs et tous les médias vont faire des reportages montrant l’envers du décor… J’espère qu’ils auront tous honte d’eux-mêmes… les noirs parce qu’ils se laissent faire et les blancs parce qu’ils en profitent ! Voilà !

    • karim@brasilpassion.com 17 mai 2014 at 17 h 13 min - Reply

      Le Brésil, le pays le plus raciste du monde ? On peut difficilement être plus loin de la vérité … Mais c’est assez difficile à comparer, à quantifier aussi, puisque par exemple, en France, il n’existe pas de statistiques ethniques. Mais une chose est certaine : le Brésil va dans le bon sens, celui de la réduction des inégalités sociales. Peut-on en dire autant des pays de l’UE? Et que dire de la montée des partis racistes, voire clairement néo-nazis ( en Grèce par exemple ?) ?

      Vous ne souhaitez pas mettre les pieds dans ce pays? Je le conçois très bien. Mais gardez-vous de juger un pays dont la complexité vous échappera toujours. La coupe du monde qui arrive à grands pas ne cesse de faire polémique, surtout dans les classes populaires. 3,5 milliards d’euros d’investissement dans les stades de foot, cela passe mal dans un pays qui manque cruellement de moyens dans la santé, l’éducation et de sécurité. En gros, la contestation qui est entrain de prendre forme vient directement des personnes que vous accusez de se laisser faire. Ils étaient 1 millions de personnes l’an dernier, rien que dans les rues de Rio de Janeiro : du jamais vu depuis au moins 15 ans ! Alors que vont montrer les caméras du monde entier à l’occasion de cette coupe du monde ? Ce que les Brésiliens voudront bien leur montrer … Et dans ce kaléidoscope, la lutte contre les inégalités sociales risquent bien d’apparaître comme un leitmotiv, au point de bouleverser le bon déroulement de l’évènement majeur de la FIFA …

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