Pedro Álvares Cabral et la découverte du Brésil

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Pedro Álvares Cabral et la découverte du Brésil 2017-05-18T20:34:41+00:00

Pedro Álvares Cabral a-t-il vraiment découvert le Brésil ? Plus de 500 ans après, la question fait encore polémique. Voici un faisceau d’éléments qui alimentent cette discussion depuis si longtemps.

 

1° Le Brésil, une esclale imprévue sur la route des épices ?

 

pedro-cabral1Un siècle avant la découverte attribuée à Cabral en 1500, les Portugais étaient déjà implantés sur les côtes africaines dans le but avoué d’arriver aux Indes par le contournement de l’Afrique. Dès le XIVe siècle, les Portugais établissent des comptoirs, implantent des garnisons, exploitent des mines de métaux précieux, commercent avec des Africains et surtout développent leurs arts de la navigation, de l’astronomie et de la cartographie.

Pour cela, ils s’aident très largement des procédés mathématiques du monde hindouiste et arabo-musulman, notamment Ottoman, leurs ennemis déclarés qu’ils délogent petit à petit des côtes africaines.

C’était un effort onéreux en vies humaines et en navires (qui sombraient très souvent au milieu de l’Atlantique) et économiquement peu profitable. Mais au bout du tunnel, les Portugais savaient que si leur entreprise réussissait, ils deviendraient les fournisseurs exclusifs d’épices indiennes en Europe et couperaient les barbes au sultan ottoman et au doge de Venise par la même occasion.

De quoi faire fantasmer n’importe quel roi chrétien en cette fin de Moyen-Âge…

 

pedro-cabral2Et voilà que, fortuitement, 6 mois après le retour des Indes de Vasco de Gama, concrétisant le rêve du siècle de tout un royaume, Pedro Cabral, chevalier de l’Ordre du Christ, découvre le Brésil au hasard d’une escale ? Le mercredi 22 avril 1500, pendant la semaine de Pâques ? Rien détonnant que ce scénario hollywoodien ait fait couler tellement d’encre.

D’autant que cette découverte « fortuite » de Pedro Álvares Cabral, baptisée d’emblée « Terra de Vera Cruz » (« Terre de la Vraie Croix », comme s’il ne pouvait pas s’agir d’une Île…) épouse merveilleusement bien le méridien de Tordesillas, négocié âprement par les Portugais 6 ans auparavant.pedro-cabral3

Négocié par qui ? Un certain Duarte Pacheco Pereira (1460-1533), mathématicien « de terrain » au service du roi Jean II du Portugal et compagnon de cet immense navigateur et patron des arsenaux de Lisbonne que fut Bartolomé Dias… dont on n’explique pas certaines pages manquantes de ses carnets de bord lors de ses pérégrinations dans l’Atlantique Sud.

Bartolomé Dias accompagna Vasco de Gama lors de son voyage en Inde en 1497 puis Pedro Cabral jusqu’au Brésil avant de disparaître en mer en tentant de franchir à nouveau le Cap de Bonne-Espérance.

 

pedro-cabral4En outre, il y a tout ce messianisme porté par Dom Manuel Ier (1469-1521). Aussi, en bons catholiques, les rois du Portugal ne pouvaient justifier la colonisation africaine par le seul plaisir de la découverte et la promesse d’un pactole une fois la route des Indes ouvertes. Non, il s’agissait en premier lieu de convertir ces pauvres païens polygames et anthropophages d’Africains tout en cherchant à rallier les quelques Indiens nestoriens qui subissaient le joug de ces infidèles d’Ottomans depuis trop longtemps !

Avec la foi, si les pas des Portugais étaient bien ceux désirés par Dieu, ils trouveraient aux Indes le renfort d’autres soldats du Christ, celui du mythique royaume du Prêtre Jean et de ses incroyables richesses. Avec son aide, ils anéantiraient les Musulmans, évangéliseraient l’Inde et pour avoir fait œuvre de Dieu, obtiendrait de Lui l’effacement de leurs péchés. Manuel Ier Le Fortuné serait ainsi le monarque dépositaire d’un Nouvel Âge d’Or pour la chrétienté.pedro-cabral5

Aussi, en 1500, les craintes messianiques de la Fin des Temps, celles d’une apocalypse imminente, battaient leur plein. On brûlait les sorcières, les pogroms contre les nouveaux chrétiens (juifs récemment convertis) se multipliaient. Derrière l’angoisse eschatologique de cette fin de siècle, le Vatican et les Rois catholiques manœuvraient insidieusement pour établir une Inquisition au royaume du Portugal.

L’idolâtrie, au travers du commerce florissant des reliques, menaçait de dévoyer le culte catholique. L’Église, le premier des trois ordres des sociétés d’Ancien Régime, n’allait pas tarder à traverser le pire schisme de son histoire, plongeant l’Europe dans une sanglante guerre de religions.

pedro-cabral6Dom Manuel Ier pensait il vraiment tomber sur un prêtre Jean en armure, caracolant sur un éléphant, attendant sa venue depuis des siècles pour lui ouvrir ses coffres-forts, partir en croisade contre les ennemis de la « vraie foi » puis monter un business inter-continental sur les épices indiennes ?

Pour certains marins et aventuriers de renom, ça ne faisait aucun doute ! Mais pour le roi ? Quelle aubaine d’ouvrir la route des Épices et d’envoyer dans le même temps tout un tas d’indésirables, quitte à vider les prisons, aller quérir le royaume du prêtre Jean… au Brésil !pedro-cabral7

 

C’est en tout cas dans ce contexte messianique que Pedro Alvares Cabral débarque au Brésil, un certain mercredi 22 avril 1500 et qu’il y découvre, un peu éberlué, le « bon sauvage », image sans doute construite par opposition au nègre païen, polygame, cannibale, voire musulman…

 

 

 

2° L’expédition de Cabral en 1500

 

Cabral est le navigateur portugais à qui l’on accorde la découverte du Brésil le 22 Avril 1500. Son expédition est à l’origine des premiers témoignages sur le Brésil !

Trois témoignages écrits, dont deux lettres adressées au roi Manuel I, sont conservées aux archives nationales du Portugal et relatent les premiers contacts officiels des Portugais avec les Indiens du Brésil.

 

cabral1L’aventure commence le 8 et 9 mars 1500, 7 mois seulement après le retour victorieux de Vasco de Gama des Indes Orientales, au terme d’un voyage de plus de deux ans.

A la fin de ce premier hiver du XVIe siècle, une flotte de 13 navires (10 grandes nefs de guerre et 3 petites caravelles) appareillent au port de Lisbonne en destination des Indes Orientales.

A leurs bords, 1200 hommes (surtout des soldats), 300 degredados (prisonniers portugais qui acceptent la déportation comme solde de leurs peines) et, afin de saupoudrer les intérêts commerciaux de l’expédition d’une vocation évangélique, quelques prêtres et moines franciscains.

cabral2Toute l’Europe est au courant du départ de cette armada, bien différente d’une flotte de découverte.

L’objectif est limpide : il s’agit de renouveler l’exploit de Vasco de Gama, neutraliser l’accès à la mer rouge (pour couper la route des caravanes des Ottomans) et échanger des marchandises (cuivre, mercure, écarlate, draps de lin, or africain…) contre des épices. L’installation d’un comptoir commercial permanent n’est envisagée qu’une fois endiguée la menace des Musulmans.

C’est une entreprise à haut risque, qui engage d’importants capitaux nationaux et étrangers. En cela, la découverte du Brésil est intimement liée aux balbutiements du capitalisme.

 

cabral3Pour mener cette expédition, le roi Manuel Ier met à sa tête Pedro Álvares Cabral (1467-1526), chevalier de l’Ordre du Christ, homme de petite mais ancienne noblesse dont la particularité était de ne pas être un marin !

En effet, Manuel Ier fait le choix de Cabral d’abord pour son lignage (plus noble que Vasco de Gama) mais aussi pour ses qualités militaires et diplomatiques. Pour la navigation, celui-ci pouvait toutefois se reposer sur la grande expérience de certains navigateurs de sa flotte, notamment celle de Bartolomeu Dias (qui accompagna Vasco de Gama jusqu’aux Indes).cabral5

En 6 jours, l’expédition atteint les Canaries. Une semaine plus tard, il rallie le Cap Vert, en déplorant déjà la perte d’une nef de 70 tonneaux.

A partir de là, le voyage diffère sensiblement de celui entreprit par Vasco de Gama : le prochain point de rencontre entre les vaisseaux que fixe Pedro Álvares Cabralse trouve très à l’ouest de l’itinéraire originel, sans trop d’explications.cabral4

Certes, le franchissement du Cap de Bonne-Espérance, réalisé deux fois par Bartolomeu Dias, suggérait qu’il était clairement recommandé de le passer en haute mer, très loin des côtes africaines. Il s’agissait dès lors d’utiliser le régime des vents alizés (bien connus des Portugais et jalousement gardés secrets) qui poussent les navires à l’ouest dans l’hémisphère Nord puis à l’Est, vers l’Afrique australe, dans l’hémisphère Sud.

Mais, considérant que cela fait une bonne décennie que les portugais savent très bien où se situent le bout de l’Afrique, le point de passage que fixe Cabral semble vraiment exagéré…

 

cabral5Le mardi 21 avril 1500, soit un mois après avoir quitté les rivages du Cap Vert, des algues apparaissent au large, vers le couchant. Peut être du varech charrié par les marais. Bientôt, les marins observent ahuris des oiseaux aux ailes courtes qui sillonnent un ciel rougeoyant. La terre ne peut être loin!

Les marins portugais se signent puis se mettent à parler tous en même temps, exprimant leurs vieilles suspicions ; des histoires de chablis charriés par les courants marins à des jours et des jours de la côte et semblant provenir du bout du monde…

cabral5bD’autres, les nobles, savent que Jean II Le Navigateur commençait à avouer (à voix basse) la possibilité de la sphéricité de la Terre avant l’expédition de Colomb.

Les mathématiciens portugais avaient à l’époque raillé les calculs de Colomb, totalement erronés quant aux dimensions sphériques de la Terre. Ils jugèrent peu crédibles l’hypothèse de Colomb de rallier les royaumes des Indes par l’Ouest, intimement convaincus que l’itinéraire le plus court passait nécessairement par un contournement de l’Afrique.

cabral6Ils savent. Une terre se cache juste derrière ce soleil couchant. Et effectivement, elle se dessine au loin et prend d’abord la forme d’une montagne. C’est le Monte Pascoal, près de Porto Seguro, ainsi baptisé car découvert pendant la semaine sainte. C’est à cet instant le point culminant de la Terra da Vera Cruz ( « Terre de la Vraie Croix », qui deviendra Brasil une dizaine d’années plus tard).

 

cabral71500 ans après la naissance de Jésus Christ, les Portugais ne venaient-ils pas de découvrir la « Terre sans mal », le paradis perdu peuplé par l’Homme avant le pêché originel ? N’était-ce pas là le signe tant attendu par la chrétienté quant au retour de l’Âge d’Or, annonciateur de la venue prochaine du messie sur Terre ?

Le messianisme est décidément à la base de l’invention des Amériques et, pour ce qui nous intéresse, à la base du mythe du « bon sauvage » tel qu’il se développera en Europe suite aux premiers contacts des Portugais avec les Indiens du Brésil.

cabral8Le mercredi 22 avril 1500 une délégation de Portugais embarque dans une chaloupe et accoste officiellement pour la première fois sur le Nouveau Monde, non loin de Porto Seguro.

Sur la plage, une vingtaine d’indiens « des hommes bruns tout nus, sans que rien ne couvre leurs parties honteuses… » les accueillent, l’arc à la main mais sans animosité.

 

 

3° Pedro Álvares Cabral et le premier contact avec les Indiens du Brésil

Pedro Álvares Cabral est officiellement le premier Portugais à avoir débarqué au Brésil.

Les premiers contacts portugais avec les Indiens du Brésil sont à l’origine du mythe du « bon sauvage » instigué involontairement par un fonctionnaire de la couronne, Pêro Vaz de Caminha (1450- 1500) au travers de sa dernière lettre adressée au roi Manuel Ier.

Cette première rencontre marque d’emblée une certaine tendance au satyriasisme inhérent au mode de colonisation portugais. Cette hyper-sexualité est magistralement développée dans l’ouvrage majeur de Gilberto Freyre, Maîtres et esclaves.

 

PACabral1Christophe Colomb, à l’occasion de son premier contact avec les Indiens écrit :

« Ils nous apportèrent des ballots de coton, des javelots et bien d’autres choses, qu’ils échangèrent contre des perles de verre et des grelots. Ils échangèrent de bon cœur tout ce qu’ils possédaient. Ils étaient bien bâtis, avec des corps harmonieux et des visages gracieux […] Ils ne portent pas d’armes — et ne les connaissent d’ailleurs pas, car lorsque je leur ai montré une épée, ils la prirent par la lame et se coupèrent, par ignorance. Ils ne connaissent pas le fer. Leurs javelots sont faits de roseaux. Ils feraient de bons serviteurs. Avec cinquante hommes, on pourrait les asservir tous et leur faire faire tout ce que l’on veut. ».PACabral2

Le premier contact portugais avec les natifs du Brésil est assez comparable. Aussi, au matin de ce fameux mercredi 22 Avril 1500, une délégation de portugais, amenée par Pedro Álvares Cabral, débarque sur une plage non loin de l’actuelle Porto Seguro. Ils sont accueillis par une vingtaine d’Indigènes.

PACabral3Après avoir déposé leurs arcs s’ensuit un premier échange de bonnets contre coiffures à plumes. Plus tard, deux jeunes indigènes sont invités à bord du navire de Pedro Álvares Cabral, qui les reçoit avec faste, en habit d’apparat.

Les jeunes indigènes, plus craintifs qu’impressionnés par le côté protocolaire de leur réception, manifestent peu d’intérêt pour l’outillage portugais, si ce n’est le chapelet d’un moine franciscain et de la lourde chaîne en or de Pedro Álvares Cabral. Un intérêt sur lequel fantasme l’équipage, cela va sans dire.

Ils reconnaissent également un perroquet et affirment par signes en posséder d’encore plus beaux, dénient avoir des moutons ou des poules… Enfin, on les invite à goûter quelques aliments. Ils les recrachent systématiquement. Même l’eau. Le vin les révulse…

 

PACabral4La comparaison avec le témoignage de Colomb s’arrête là. En effet, là où Colomb projette d’emblée une volonté conquérante d’asservir les indigènes, Pêro Vaz de Caminha et l’équipage de Pedro Álvares Cabral sont bien davantage subjugués par le moment présent.

Ils ont d’ailleurs bien du mal à regarder leurs interlocuteurs dans les yeux, tant ils sont distraits par l’allure de ces « hommes bruns tout nus, sans que rien en couvre leur parties honteuses … » et par les immenses piques qui leur transpercent la lèvre inférieur de part en part.

PACabral5Les Portugais ne tardent pas à fraterniser avec leurs hôtes, pour le plus grand plaisir de Caminha, ravi de se rapprocher de ces femmes et leur sexe « si allongé, si bien fermé et si bien épilé que nous les regardions attentivement sans éprouver la moindre gêne ».

Il jette rapidement son dévolu :« L’une d’entre elles était en vérité si bien faite, si rondelette, et sa vergonha tellement formosa que les femmes de chez nous auraient eu honte de ne pas en avoir une comme la sienne. ».PACabral6

Rapidement des couples se forment et disparaissent pour quelques heures dans la forêt avoisinante. Le matin, les moines distribuent des crucifix. Lors des messes, ce peuple indigène, qui ne semblait pas idolâtre accompagne les génuflexions des portugais. L’évangélisation du nouveau monde s’annonçait prometteuse.

 

PACabral7Mais Pedro Álvares Cabral et le royaume du Portugal avaient d’autres priorités que la conquête de cette nouvelle terre. Prestement, il prend la décision de reprendre le cours de son expédition pour rallier sa destination originelle : les Indes Orientales.

PACabral8Auparavant, il dépêche un navire de ravitaillement pour apporter la nouvelle de sa découverte au roi Manuel I et décide de laisser deux hommes parmi les indigènes, dont Alfonso Ribeiro, considéré depuis comme le fondateur de la nation brésilienne. Mais pour l’heure, ce n’est qu’un degredado, un repris de justice en larmes, chargé d’étudier la langue et la culture des Indigènes pour purger sa peine mais totalement désespéré d’être ainsi abandonné.

S’il savait que sur les 12 navires qui quittèrent Porto Seguro, 5 allaient sombrer au large du Cap de Bonne-Espérance, sans doute cela aurait-il atténué son amertume passagère. D’autant qu’à la veille du départ de Cabral, deux jeunes mousses particulièrement friands des délices du Nouveau Monde avaient choisi la désertion à la noyade. 

 

 


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