La capoeira au Brésil

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La capoeira au Brésil 2017-05-18T20:34:40+00:00

La capoeira au Brésil est un art martial tout en souplesse et agilité qui tient à la fois de la danse, du karaté et de la boxe française. Cette danse de combat afro-brésilienne s’inspire des luttes entre animaux qui font de leur corps une véritable arme. C’est tout le sens des coups de tête pour déséquilibrer l’adversaire (inspirés des coups de corne) et autres sauts périlleux pour esquiver les attaques.

Cet art martial d’origine africain fut longtemps prohibé et méprisé par les Blancs. La capoeira se pratique aujourd’hui au sein d’académies et représente un des meilleurs produits d’exportation culturelle du Brésil. C’est aujourd’hui un sport populaire, pratiqué par quantité d’Afro-Brésilien et par de plus en plus de membres des classes moyennes et aisées du Brésil.

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Les principes de la capoeira au Brésil

 

capoeira1La capoeira c’est une musique, c’est une poésie, c’est une fête, c’est une joute amicale, c’est un loisir mais c’est avant tout une forme de lutte populaire qui exprime le combat des opprimés pour la liberté et la dignité de l’homme.

Cet art martial s’est constitué à l’ombre des maisons des maîtres, quand les esclaves se réunissaient et formaient un cercle à l’intérieur duquel ils s’affrontaient. Tout fut fait pour maquiller cet art guerrier en un loisir ludique inoffensif où la ruse et l’agilité des Africains suppléaient à l’usage de la force brute.

capoeira2Pour ce faire, on introduisit très vite des chants et de la musique (à l’aide de berimbau, de pandeiro) pour marquer le tempo qui rythme la ginga du corps Gingaet la célérité des mouvements. La complémentarité qui naît de l’association de la musique, du jeu et de la danse fonde une structure complexe qui permet une expression corporelle propice à l’établissement d’une conversation non verbale.                                                     La ginga

Ces formes ancestrales de la capoeira au Brésil ont été conservées et codifiées par les académies. De nos jours, l’affrontement s’effectue toujours au sein d’un cercle, la roda.

L’entrée en lice des capoeiristas est rythmée autour du chant et des instruments (3 berimbaus, 2 pandeiros, un puissant atabaque et un agogo) dans cet ordre :

  • capoeira3Deux capoeiristas s’accroupissent au pied du berimbau central et patientent.
  • Le berimbau central retentit.
  • Les deux autres berimbaus l’accompagnent.
  • L’atabaque retentit.
  • Ensuite, suivent les deux pandeiros.
  • Et enfin l’agogo.
  • capoeira4Quand tous les instruments sont en action, un capoeirista commence à chanter : il chante seul les couplets et la ronde entière reprend les refrains en chœur.
  • C’est lorsque la roda chante le premier refrain que les deux capoeiristas qui étaient en attente peuvent commencer à « jouer ».
  • Les autres capoeiristas peuvent prendre la place d’un des deux protagonistes en passant au préalable s’accroupir au pied du berimbau central.

capoeira4bLes académies de capoeira au Brésil et à l’étranger sont encore en phase d’institutionnalisation. Toutefois, l’idée d’une Fédération Internationale de Capoeira commence à se faire de plus en plus pressente.

Aussi, de nombreuses académies se mettent à délivrer des « cordons » (comme les ceintures au judo) pour distinguer les capoeiristas sur leur maîtrise technique mais aussi leur connaissance des chants, leur maîtrise des instruments et leur niveau d’implication dans la vie du club.

Une brève histoire de la capoeira au Brésil

On peut identifier 3 phases importantes au développement de cet art martial afro-brésilien :

  • Au temps de l’esclavage au Brésil : la capoeira comme invention africaine et pratique subversive à l’ordre colonial.
  • Du temps de l’Indépendance du Brésil à Getulio Vargas : la prohibition de la capoeira.
  • De la légalisation de la capoeira dans les années 1930 au développement des académies.

1 – Au temps de l’esclavage

capoeira5La capoeira était un acte de résistance des Africains face à la tyrannie du régime esclavagiste. C’est une pratique qui permettait aux déracinés de se ressourcer dans des traditions, des croyances religieuses et de retrouver une dignité humaine.

Il s’agissait aussi pour les esclaves de se réapproprier leur propre corps, confisqué au même titre que leur liberté par le système esclavagiste. Un corps meurtri par un dur labeur effectué dans les plantations ou dans les mines. Un corps violenté au gré de la tyrannie des Maîtres et Maîtresses. Un corps humilié au nom de la satisfaction des fantaisies sexuelles des propriétaires.

capoeira6Aussi, à l’époque de la colonie, les esclaves ne pouvaient porter ni armes à feu ni armes blanches. Il s’agissait donc pour les Africains d’affûter leurs corps dans le but de pouvoir rallier un quilombo (camps d’esclaves fugitifs) pour reconquérir leur liberté. La pratique de la capoeira a ainsi été très tôt relevé comme une pratique habituelle des quilombos et notamment au sein du fameux quilombo dos Palmares.

2 – Au temps de la prohibition de la capoeira au Brésil

 

capoeira7Durant la période impériale et la Première République, les capoeiristas ont subi une persécution par la police, qui jugeait leurs pratiques illicites et vectrice de troubles de l’ordre publique.

Il faut dire qu’en cette fin de XIXe siècle, les adeptes de cet art martial usaient de vêtements, de couleurs et de codes caractéristiques. Ils traînaient en bandes dans les faubourgs des grandes villes et cherchaient querelle auprès des bandes rivales… quand ils ne servaient pas de garde du corps aux notables de la ville ! Au point de se compromettre dans le jeu politique mouvementé du pays…

capoeira8Tant et si bien que le maréchal Deodora da Fonseca, premier président de la Première République, manifesta très vite le soucis d’affirmer le nouveau régime politique en accordant une place prépondérante au maintien de l’ordre publique. Les bandes de capoeiristas firent les frais de sa répression qui donna lieu à l’incarcération ou l’exécution de certains de leurs chefs. Mais cela n’a pas vraiment influé sur le développement de la capoeira au Brésil, notamment dans les régions de la Bahia, du Pernambouc et de Rio de Janeiro.capoeira9

En effet, malgré la prohibition de cet art martial, la capoeira a continué à se développer. D’éphémères rodas se formaient ainsi dans les potagers, sur les plages, dans les terreiros de candomblé et aux abords des cités où la police n’osait pas trop se rendre.

3 – La légalisation

capoeira10C’est seulement à la faveur de la révolution des années 1930 et l’avènement de Getulio Vargas que la capoeira est devenue une pratique acceptée.

Cette volte-face du pouvoir est tributaire du sens politique de Getulio Vargas, soucieux d’asseoir son autoritarisme en se rendant sympathique auprès des masses laborieuses (pour mieux encadrer les manifestations populaires).

C’est au travers de son populisme que la capoeira est devenue un sport national de référence, symbole d’une nation métissée en recherche d’une identité.

capoeira11Cette récupération de la capoeira dans le folklore national brésilien a eu pour incidence une démocratisation de la pratique de la capoeira au Brésil.

Le premier effet fut que cet art martial proscrit devint subitement un sport populaire enseigné au sein d’académies (et non plus dans la rue) auprès d’un public intègre. Il s’agissait de briser l’image des capoeiristas voyous et fauteurs de troubles pour faire champ libre aux classes moyennes.

capoeira12Cette inclinaison, incarnée par Mestre Bimba, a été complétée (toujours par ce grand maître) dans l’apprentissage, la codification et l’enrichissement de la capoeira par d’autres techniques de luttes (en particulier, le batuque, une lutte africaine.).

Mestre Bimba est en effet réputé pour avoir fondé le style de capoeira dit « regional » . C’est un style qui se veut un art martial plus abouti, beaucoup plus aérien et autrement plus codifiée que la capoeira traditionnelle dite « angola » magnifiquement incarné par Mestre Pastinha (1889-1981).

 

AuregionalAuangoleAu regional                                                              Au angole


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