Fernando Henrique Cardoso

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Fernando Henrique Cardoso 2017-05-18T20:34:41+00:00

Fernando Henrique Cardoso fut le président du Brésil entre 1994 et 2002. Sa politique économique ultra-libérale fut un fiasco.

 

fernando1« Le Brésil n’est pas un pays sous-développé mais c’est un pays injuste ». C’est en ces termes lumineux, qui tinrent lieu de slogan, que le professeur Fernando Henrique Cardoso, sociologue de formation, brigua la Présidence du Brésil en 1994.

Malheureusement, deux mandats de Président marqués par le « traitement de cheval » de l’économie brésilienne, à grands coups de privatisations et autres réformes libérales, n’ont fait qu’empirer les inégalités dans le pays.

Lorsque Fernando Henrique Cardoso arrive à la Présidence, sa mission est claire : assurer la stabilité monétaire du pays (Plan Réal, 1994) comme préalable à la lutte contre une inflation vécue comme un véritable impôt sur les pauvres.

Pour arriver à ces objectifs et financer sa politique économique, Fernando Henrique Cardoso s’accorde en tous points à ce que les économistes de Washington et Wall Street préconisent dans le fameux « Consensus de Washington » : ouverture aux capitaux étrangers des principaux fleurons de l’économie nationale, dérégulation du marché, diminution de la taille de l’État, « flexibilité » du marché du travail…

Cette politique, à la musique bien connue, n’a jamais fonctionné. Elle n’a pas fonctionné au Brésil, a mené l’Argentine jusqu’à la banqueroute et va sceller dans la misère le destin des Grecs pendant au moins une génération.

Le sang du profit

 

Les Brésiliens avaient déjà eu un aperçu meurtrier des bienfaits des politiques ultra-libérales du FMI :

« Au début des années 1980, le FMI a imposé un plan d’ajustement structurel particulièrement sévère au Brésil. Le gouvernement a dû réduire massivement ses dépenses. Il a, entre autres, interrompu une campagne nationale de vaccination contre la rougeole. Une épidémie effroyable de rougeole s’est alors déclarée au Brésil, en 1984 exactement. Des dizaines de milliers d’enfants non vaccinés sont morts. La dette les a tués. » (Ziegler, 2006)

Les signes de l’échec de la politique économique de Fernando Henrique Cardoso sont patents :fernando3

  • croissance du PIB/ habitant inférieur à 1 %
  • doublement du taux de chômage officiel (qui atteint 9%)
  • chute de la balance commerciale qui passe de 10,5 milliards de dollars en 1994 à – 3,5 milliards de dollars l’année suivante. La balance restera négative jusqu’en 2000.
  • augmentation de la dette interne de 900 % alors que l’investissement stagne et dépend de plus en plus de l’étranger
  • prolétarisation de la classe moyenne

La présidence de Fernando Henrique Cardoso est un véritable fiasco et s’achève d’ailleurs sous perfusion des banques occidentales, via deux prêts considérables du FMI (un de 10 milliards de dollars suivi d’un autre de 30 milliards de dollars) pour atténuer la crise financière qui menaçait de plonger le Brésil dans le même désarroi que l’Argentine. Comment expliquer un tel fiasco ?

 

fernando2Sur la période 1995-1999 on estime à 1233 le nombre de fusions/acquisitions d’entreprises brésiliennes. C’est absolument faramineux. 70 % de ces opérations sont induites par des capitaux étrangers, ce qui marque bien la dénationalisation du Brésil.

Mais voilà… Comme souvent, les intérêts commerciaux des sociétés étrangères ne coïncident pas forcément avec les intérêts de l’économie nationale. Aussi, les capitaux étrangers sont par nature prédateurs et recherchent une rentabilité immédiate : plutôt que d’investir dans la productivité industrielle et l’innovation technologique, but louable recherchée par l’économie nationale, ils vont chercher à gagner rapidement de l’argent en spéculant sur la financiarisation de l’économie. Comme par exemple, spéculer sur la dette du Brésil, dont le remboursement est garanti par l’État avec des taux d’intérêts stratosphériques au point d’en devenir un placement de père de famille responsable.

fernando4La primauté de la spéculation au détriment de l’investissement productif engendre une désindustrialisation du pays, l’explosion du chômage, la baisse des exportation et en définitif l’explosion de la dette.

« Dans les années 1970, la dette extérieure cumulée des États d’Amérique latine s’élevait à environ 60 milliards de dollars. En 1980, elle se chiffrait à 240 milliards . Dix ans plus tard, cette somme avait plus que doublé : 483 milliards de dollars. En 2001, la dette extérieure oscillait autour de 750 milliards de dollars. Cette dette est à l’origine d’un transfert vers les créanciers d’une moyenne de 24 milliards de dollars chaque année depuis 30 ans. Bref, pendant trois décennies, le continent a dû consacrer chaque année au remboursement de la dette environ entre 30 et 35 % des revenus tirés de l’exportation de ses biens et services. » (Ziegler, 2006)

Au Brésil, le paiement des intérêts de la dette est ainsi passé de 24,9 % des recettes courantes en 1995 à 55,1 % en 2001. Dans le même temps, les dépenses d’éducation qui représentaient 20,3 % des recettes courantes en 1995 ne représentaient plus que 8,9% en 2000.

Corruption et évasion fiscale

fernando5Les prescriptions des Institutions de la finance internationale sont sans doute plus louables sur le papier que dans la pratique. Elles sont en effet le fruit d’économistes anglo-saxons ou affiliés qui promeuvent un schéma applicatif à une pure théorie libérale de l’économie, sans s’affranchir d’une certaine éthique.

Cette éthique induit implicitement que tous les acteurs économiques jouissent d’une morale à la Benjamin Franklin pour qui honnêteté et transparence sont au fondement d’une relation de confiance entre acteurs économiques inter-dépendants.

Ces valeurs sont à la base d’un profit durable. Selon eux, il y a donc un intérêt comptable sur le long terme à être honnête et transparent et cet intérêt comptable inter-personnel est jugé plus performant que l’État pour organiser la vie économique du pays au profit des consommateurs. La motivation de l’entrepreneur, le profit, est ainsi jugée plus fiable que l’intérêt de l’État, beaucoup plus subjectif.

C’est dans ce cadre là que se conçoit la concurrence comme mécanisme d’auto-régulation « naturelle » de l’offre sur la demande et qui, dans une recherche d’optimisation permanente des acteurs en compétition, débouche irrémédiablement sur une baisse des prix pour le consommateur.

 

fernando6Cependant, l’emballage idéologique des réformes structurelles préconisées par le FMI ne résiste pas à la pratique. Outre la prédation « naturelle » du système bancaire, qui relativise gravement l’action des Benjamin Franklin sur l’économie réelle, se pose en parallèle le problème de la corruption de l’ État et particulièrement de l’État brésilien.

En 2010, un parlementaire sur trois se déclarait millionnaire en réais, 147 d’entre-eux faisaient office de procédures judiciaires (dont plus du quart (21/81) des sénateurs brésiliens).

fernando7Le prédécesseur à Fernando Henrique Cardoso, Fernando Collor de Mello, a lui même été destitué suite à un immense scandale de malversation : le Collorgate. Ce qui ne l’empêche pas d’être encore sénateur de l’Etat d’Alagoas (Maceio) ..

La corruption coûterait au Brésil la somme délirante de 40 milliards de dollars par an.

La corruption et le clientélisme de l’État brésilien ont eu des effets désastreux (bien que prévisibles) sur la politique économique de Fernando Henrique Cardoso.

Le schéma classique fut de :

*brader à des clients de l’État des fleurons de l’Industrie nationale sous le prétexte fallacieux qu’elles n’étaient pas rentables,

*investir massivement dans ces entreprises juste avant la session,

*se vanter de la privatisation de ces entreprises qui deviennent « miraculeusement » dès leurs premières années de gestion par le privée.

On peut citer l’exemple de l’entreprise Vale, vendue à l’époque pour 3 milliards de dollars alors même que l’Etat avait massivement investi dans son capital juste avant sa cession. 15 ans plus tard, elle en vaut 25 fois plus.

fernando8Entre temps, des milliards de dollars se volatilisèrent des comptes publics et la dette du pays se mit à enfler démesurément. Ainsi, en 2002, lors de la dernière année de présidence de Cardoso, le service de la dette absorbait à lui seul 9,5 % du PIB, soit 5 fois plus que ce que les États membres de l’Union Européenne allouent aux domaines de l’école et de la santé :

« Aujourd’hui, la dette extérieure brésilienne à pour contrepartie ces gamins malingres qui ont des vers dans le ventre et qui sont exclus du système scolaire, privés de vie de famille, désespérés et sans avenir. » (Ziegler, 2006)

fernando9Ce qui s’est passé au Brésil sous les deux mandats de Fernando Henrique Cardoso est un cas d’école sur la nature même de la mondialisation financière. Mais à qui profite toutes ces extorsions?

« Les flux de capitaux Sud-Nord sont excédentaires par rapport au flux Nord-Sud. Les pays pauvres versent annuellement aux classes dirigeantes des pays riches beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent d’elles, sous forme d’investissements, de crédits de coopération, d’aide humanitaire ou d’aide dite au développement.

En 2006, l’aide publique au développement fournie par les pays industriels du Nord au 122 pays du tiers-monde s’est élevée à 58 milliards de dollars. Durant la même année, ces derniers ont transféré aux banques du Nord 501 milliards de dollars au titre du service de la dette. » (Ziegler, 2006)

Lula

fernando10C’est dans ce climat délétère que Luiz Inacio Lula da Silva est élu à la Présidence de la République en octobre 2002. L’élection de ce syndicaliste, ancien ouvrier métallurgiste et enfant de la misère, sème l’effroi dans le monde de la finance internationale. En effet, depuis 20 ans, à l’instar de Fernando Henrique Cardoso, Lula déclarait :

« Nous pensons qu’aucun pays du tiers-monde n’est en situation de payer sa dette. Nous pensons que tout gouvernement du tiers-monde qui décide de continuer à rembourser la dette externe choisit de conduire son peuple à l’abîme. Il existe une incompatibilité complète entre politique de développement des pays du tiers-monde et remboursement de la dette. Nous soutenons qu’il faut suspendre immédiatement le paiement de la dette. »

Le bilan économique et social à l’issu de ses deux mandats présidentiels est aussi époustouflant que contradictoire. Mais, clairement, le Brésil n’est plus un pays du tiers-monde.

 


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